Trente ans après avoir imposé leur signature avec une musique teintée de vie de quartier, d’origine africaine et d’influence jamaïcaine, les Nèg'Marrons reviennent avec un album éponyme qui ressemble moins à un retour qu'à une prise de parole. Dans un paysage musical profondément renouvelé, Jacky Brown et Ben-J ne cherchent pas à suivre les tendances : ils rappellent, avec la sérénité de ceux qui ont ouvert la voie, qu'ils ont largement contribué à les façonner.
Avec Nèg'Marrons, leur premier album studio depuis plusieurs années, le duo retrouve l'essence de son identité. Une musique libre, nourrie de reggae, de dancehall et d'influences afro-caribéennes, où les rythmes festifs côtoient des textes qui interrogent l'héritage, les identités, la transmission et les réalités sociales d'une France multiculturelle.
Depuis Rue Case Nègres jusqu'à Héritage, les Nèg'Marrons ont construit un pont durable entre les musiques jamaïcaines et le rap hexagonal. Ce nouvel opus ne cherche ni à rejouer les succès d'hier ni à se conformer aux recettes du moment. Il revendique au contraire une maturité artistique qui fait dialoguer les générations et les cultures avec une rare cohérence.
La présence de Booba marque une rencontre inédite entre deux figures majeures du rap français, longtemps restées sur des trajectoires parallèles. À leurs côtés, la Suissesse Danitsa apporte son univers à la croisée du rap, du R&B et des sonorités afro, tandis que les frères Gregz & Yoan, héritiers d'une longue tradition R&B et caribéenne révélée avec Trade Union, prolongent naturellement le dialogue entre reggae, soul et musiques urbaines. Enfin, Says'z apporte sa signature musicale, à la croisée de l'afropop, du R&B et du dancehall. Artiste franco-comorien en pleine ascension, il incarne une scène urbaine décomplexée, ouverte sur les influences africaines et caribéennes, prolongeant naturellement le dialogue entre héritage et modernité qui traverse l'ensemble de l'album.
Les premiers extraits donnaient déjà le ton. Avec Diaspora, véritable hommage aux liens qui unissent l'Afrique à ses diasporas, puis Banger, construit autour d'un clin d'œil assumé au classique Brigadier Sabari d'Alpha Blondy, les Nèg'Marrons affirmaient leur volonté de conjuguer mémoire et actualité, engagement et efficacité populaire.
À l'heure où les reformations se limitent souvent à l'exercice nostalgique, Nèg'Marrons choisit une autre voie. L'album ne se contente pas de rappeler l'influence décisive du duo sur l'émergence d'une culture urbaine métissée en France ; il démontre surtout que son discours et sa musique résonnent toujours avec leur époque. Plus qu'un comeback, ce disque confirme la place singulière des Nèg'Marrons : celle d'artistes capables, depuis plus de trois décennies, de faire dialoguer les générations, les territoires et les cultures sans jamais perdre de vue l'essentiel.