Interview Tommy Marcus X Diggers Factory

Interview Tommy Marcus X Diggers Factory

September 14, 2020

Peux-tu commencer par te présenter rapidement ?

Je m’appelle Tommy Marcus, j’ai commencé en 1996, j’ai signé mon premier album chez Sony Music à l’époque, chez Saint George, une division de Sony Music qui avait signé Deep Forest, qui avait signé tout un tas d’artistes comme Wes... J’ai signé parce qu’à cette époque on signait énormément d’artistes électronique suite au succès des Daft Punk, toutes les majors signaient, signaient et signaient des artistes et j’ai fait partie de ces artistes artistes là. J’ai commencé sous un autre nom, j’ai fait un single de trance qui s’appelait Berlin en 1995 et qui est sorti en 1996. Je me suis retrouvé numéro 5 ou 6 des ventes de singles en France… j’ai commencé ma carrière comme ça, sous un autre pseudo, Marc Clément.

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Tu as été DJ, producteur, directeur artistique…

Oui, j’ai été directeur artistique, j’ai fait de la musique de one-man-show, j’ai fait de la musique de spectacle, j’ai fait de la musique de film pour adultes, j’ai fait plein de trucs.

… comment as-tu commencé dans la création musicale ?

Alors en fait j’étais très très fan de musiques électroniques quand j’étais jeune et j’ai rencontré une de mes idoles, un artiste Français qui s’appelle Shazz qui était l’un des premiers pionniers de la musique électronique. Un jour j’y suis allé au culot, je suis allé le rencontrer et puis on est devenu très amis et on a commencé à travailler ensemble. Il m’a montré plein de trucs et c’est comme ça que j’ai commencé.

Je voulais qu’on aborde aussi tes inspirations musicales, est-ce que tu peux nous en parler ?

Comme j’ai commencé à mixer hyper tôt, j’ai toujours été un petit enfant solitaire. Je me suis mis à écouter de la musique très tôt, tout mon argent passait dans les 45 tours et les maxis 45 tours. Je me suis mis à écouter énormément de choses différentes très tôt. En plus, je suis un peu une éponge… c’est à dire que j’ai tendance à m’inspirer de tout. Et quand je te dis de tout c’est vraiment de la variété française, de la comédie musicale, de la musique électronique, du hip-hop… je suis vraiment une éponge. Et donc mes influences elles viennent du début de culture de la house forcément, en matière de musique électronique, mais pas que. Il y en a énormément, comme je te dis ça peut être de la variété française, je suis un fan absolu de spectacles musicaux anglo saxons et américains et ça m’a influencé plus que ce que je pensais. J’ai vraiment énormément d’influences. Il y a des trucs qui m’ont marqué forcément, il y a des trucs qui ont changé ma vie musicale j’ai envie de te dire, des moments clés. Par exemple le label F Communication, Massive Attack qui a changé plein de trucs, y a plein de moments clés dans ma vie.

Y a-t-il un vinyle qui t’a marqué ? Le premier vinyle que tu as acheté peut-être ?

Alors… si je te dis le premier vinyle que j’ai acheté tu vas rigoler, donc non je vais pas te le dire. Je me souviens avoir eu une passion de dingue pour l’idée du maxi 45 tours. C’est à dire que je trouvais qu’un 45 tours c’était très mignon, c’était très rigolo quoi. L’idée du 45 tours où on développait la chanson sur 7 minutes je trouvais ça vraiment fascinant. Et puis t’avais cette petite pochette qui tout à coup devenait super grande, pour les graphistes c’était complètement génial. Du coup ouais, je me souviens du premier maxi que j’ai acheté mais j’ai pas envie de te le dire.
Mais je pense que le maxi que j’ai chez moi et dont je suis le plus fier c’est le remix de “I Feel Love” de Donna Summer par Patrick Collet. Ou alors l’édition vinyle super rare d’une comédie musicale qui s’appelle Miss Saigon que j’avais trouvé sur un marché à Aix-en-Provence. Ça c’est les vinyles que je garde précieusement. Comme je suis DJ depuis 95 j’ai l’équivalent - enfin j’avais parce que je me suis arrêté d’en acheter au bout d’un moment - je devais en avoir 4000 à la maison. Et puis je suis vraiment allé chercher des vinyles, pas des choses club que j’étais susceptible de jouer mais des disques que j’adorais, que je voulais avoir, je voulais avoir l’objet de départ en fait.

Quelle est ta dernière trouvaille ?

Là y a trois-quatre trucs… y a la sortie de l’album de Christophe avec tous les duos Christophe, etc. Je suis, enfin j’étais fan de Christophe. Il a fait tout un album de collaborations avec des artistes et ils viennent de sortir un double vinyle qui est carrément bien. J’attends la troisième fournée de F Com qui ressort ses vinyles, parce qu’ils n’ont pas encore sorti mes préférés. Et il y a une artiste Anglaise que j’adore vraiment, c’est Ellie Goulding. Elle vient de sortir un vinyle de ouf, un double vinyle de ouf avec un grammage de ouf, une pochette de ouf et l’album est terrible en plus, il est vraiment bien. Celui-là je l’aime beaucoup. C’est mon vinyle préféré du moment.

Revenons à ton parcours. En tant que DJ tu as été le premier Français à mixer à la Berlin Love Parade. Comment en es-tu venu là ?

Je travaillais vraiment dans le milieu LGBT depuis 1997, c’est principalement ce que je fais depuis 25. Je pense qu’au moment où ils m’ont appelé j’étais l’un des DJ qui travaillaient le plus dans le milieu LGBT à Paris. On est pas énormément mais je suis celui qui bossait pratiquement tout le temps, qui ne s’est jamais arrêté de travailler. J’étais un peu leur caution LGBT sur les autres pays. Ils l’ont fait avec l’Angleterre, ils l’ont fait avec la France et voilà ils m’ont pris moi. Je me suis retrouvé à mixer pas très longtemps sur un char, je ne te cache pas que j’en ai plus beaucoup de souvenirs, c’est très bizarre. Autant le char j’en ai plus beaucoup de souvenirs autant je me souviens très bien de la soirée après, j’étais à côté du pavillon de Defected, le label, je ne sais pas si tu connais, c’est un label anglais. C’est un gros label de house et il y avait Roger Sanchez qui mixait. C’était un peu comme à Porte de Versailles avec plein d’entrepôts les uns à côté des autres et on avait tous une salle. C’est vieux tout ça, ça a vingt ans ! Je me souviens d’avoir ouvert la salle et de l’avoir vu se remplir. Je pense qu’il y avait… il devait y avoir 15000 personnes dans ce grand hangar, ça s’est rempli au fur et à mesure, c’était ouf. Mais le char t’étais dans l’hystérie du truc, tu mixais 10 minutes, y avait pas de téléphones portables… j’en ai peu de souvenirs, c’est trop bizarre.

Tu as été directeur artistique pour la revue l’Oiseau Paradis - Paradis Latin, c’est une autre période marquante de ta vie professionnelle.

J’ai déjà travaillé avec Kamel Ouali sur l’habillage de plusieurs défilés qu’il chorégraphiait. On se connaît depuis très très longtemps, on est amis depuis très très longtemps. Il est venu me voir il m’a dit “j’ai besoin de remixeurs pour le french cancan parce que je vais faire une nouvelle revue, le Paradis Latin”. Donc okay, je m’y mets, je lui demande de quoi il a besoin et il me répond qu’il veut de un remix un peu sexy, un peu électro et french cancan et une version techno. Eh ben écoute je vais m’y mettre, je vais trouver ! Donc je lui ai fait des propositions et puis ça leur a plu. Ensuite il m’a dit qu’il aimerait bien un coup de main sur ça, sur ça et ça et je me suis retrouvé à faire la direction musicale de 80 % du spectacle.

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Qu’en as-tu retiré ?

C’est arrivé il y a deux ans, qu’on commence à travailler dessus, et ça complètement changé ma vision des choses, je me suis retrouvé à travailler pour une équipe, à travailler pour un tout. Quand tu es DJ et que tu mixes tu as une obligation de résultat immédiat, il faut que les gens qui sont sur la piste dansent, c’est immédiat. Là je me suis mis à travailler avec une équipe, avec un chorégraphe, Kamel, des costumiers, des décorateurs, Dimitri Vassili, qui faisait aussi les lumières pour les concerts de Mylène Farmer, c’était un truc énorme. Et donc je me suis retrouvé à faire partie d’un tout, ce qui était quelque chose que n’avais pas eu l’habitude de faire.et qui a été quelque chose de vachement important dans ma vie et dans la création de BRUT après. Je me suis permis vachement plus de choses parce que là j’ai eu l’impression de gagner en maturité. C’est une expérience incroyable, Kamel m’a fait confiance sur plein de choix qu’il y a dans le spectacle. Je ne sais pas si vous l’avez vu mais je vous conseille d’aller voir le spectacle quand il va recommencer, c’est du cabaret comme vous n’en avez jamais vu, c’est ultra moderne, c’est ultra frais. En même temps on a les codes du cabaret et en même temps on y entend de la pop, on y entend de la techno on y entend Gesaffelstein, Rihanna et puis en même temps on y entend Michel Legrand et plein d’influences différentes. C’est vraiment de la folie ce truc, je vous le conseille.

Tu parlais de BRUT, tu peux nous en dire un peu plus sur cet album ?

J’ai beaucoup produis, je produis énormément en fait. Je me suis rendu compte après que je créais de la musique pour discothèque et pour DJs. C’est à dire que je faisais des maxis que j’autoproduisais, je les testais en discothèque. Si ça plaisait je le sortais, c’était digital blablablablabla...C’était un projet qui en chassait un autre et ça m’allait très bien jusque là. Et au moment de l’Oiseau Paradis j’ai eu de vraies responsabilités et j’ai dû me retirer un peu des discothèques parce qu’il fallait que je sois disponible pour les répétitions. J’allais un peu moins travailler en discothèque et on m’a demandé de sortir un peu de ma zone de confort, c’est à dire de faire autre chose que de la musique à 128 BPM ou 126 BPM pour les clubs. Je me suis mis à travailler sur de l’électro, à travailler sur du trap, sur du disco, sur de la techno un peu plus dure… C’était des influences qui ne sont pas forcément des trucs dans lesquels je pensais que j’allais être à l’aise. Et en fait j’étais plutôt à l’aise. Ca faisait un moment que je produisais des trucs pour DJ et peut-être qu’il était temps que je montre que je savais produire autre chose à mon réseau. Au départ c’était censé être pour mon réseau, mon réseau de DJs, mon réseau de gens qui me suivent depuis super longtemps, et puis voilà, c’est là que je me suis dit que j’allais commencer sur un morceau un peu plus soft que ce que je fais d’habitude. C’est dans l’album et ça s’appelle This is Love, c’est un petit peu le morceau le plus positif de l’album. Je suis un grand fan d’italo disco et je me suis dit que j’allais quand même essayer de faire quelque chose. J’étais un grand fan de trip hop aussi donc je vais essayer de faire quelque chose. Et puis je suis un grand fan de garage donc je vais essayer de faire quelque chose. A la fin ça a fait des démos, des démos, des démos… j’ai récupéré plein de petits trucs que j’avais commencé pour le Paradis Latin pas forcément finis comme l’intro de l’album. C’était l’une des intros qui étaient prévues pour le Paradis. Je me suis dit “bon maintenant j’ai 20 démos, je vais essayer d’en faire quelque chose, d’en faire un album”.

Y a-t-il un titre en particulier que tu nous conseilles pour découvrir l’album ?

Je pense que le premier single c’est I Can’t Explain, qui est pour moi le coeur de l’album.

La cover est d’un jaune pétant, comment as-tu créé cette pochette ?

L’idée était de retrouver le jaune des affiches des rave party des années 90. C’est un jaune très particulier, moi j’y connais rien, je ne suis pas graphiste, mais c’est une histoire de cyan ou de magenta qui est très particulier dans ce jaune. Donc il a fallu d’abord recréer ce jaune. Après moi je suis partisan du “less is more”, moins on en met plus c’est efficace. Du coup la personne avec qui j’ai travaillé sur la pochette de l’album, je lui ai laissé une totale liberté et naturellement il ne mettait presque rien. Puis on en est arrivé à la version la plus épurée, c’est à dire vraiment une pochette jaune, juste le côté noir. Ca me rappelle vraiment les albums des années 90, je trouve que ça va bien avec le projet. Et moi je suis pas du genre à me mettre en avant, j’aurais été peu à l’aise d’avoir ma photo en grand sur l’album, c’est pas du tout mon genre. Donc ça m’allait complètement, je trouve l’objet un peu mystérieux. J’ai très hâte de le voir en grand. C’était vraiment l’idée de recoller avec cet esprit des années 90, de l’album fait un peu à la maison et en même temps de ces affiches de rave où j’allais quand j’étais plus jeune.

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Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Au départ je devais travailler sur un nouveau spectacle et puis avec les histoires de COVID c’est repoussé en 2022, donc pour l’instant le projet est en stand by. Je travaille sur un nouvel album qui n’est pas forcément un album encore parce qu'il n’a que six titres de prêts. C’est carrément un album plus pop, plus urbain. Du coup là c’est du trap, de la danse, du hip-hop, là je suis vraiment plus là-dedans. Et puis j’aimerais bien à partir de l’hiver développer une deuxième phase pour BRUT, une version expanded de l’album parce que j’ai plein de morceaux que j’aimerais bien faire découvrir. J’ai plein de faces B, j’ai essayé de refaire comme à l’époque quand j’achetais des disques, j’aimais énormément l’idée de la face B, je trouvais qu’il y avait des trucs magnifiques. Et donc j’ai essayé de développer avec chaque petit single de BRUT une petite face B. Chaque single en a une. Le dernier, qui s’appelle Coma j’aimerais vraiment l’intégrer plus tard dans l’album. On va faire une version expanded de BRUT, une version deluxe.