Ne croyez pas qu'elle en a fini avec la musique, ni vous de tomber d'amour pour ses chansons. Depuis 2009 et son premier saut dans le vide en solo avec My Love for You Is a Cheap Pop Song, Kumisolo est très claire quant à son projet de vie, et de musique : elle compose, et chante comme bat son cœur, sans cesse, passionnément. "Rien ne changera, mon coeur fait doki doki" chante-t-elle dans « My heart is doki doki forever », arrangée par Forever Pavot, en hommage à la fameuse onomatopée utilisée en japonais pour dire l'emballement des émotions et c'est presque un manifeste pour « My heart is doki doki forever », son troisième album. Kumisolo a beau chanter l'éphémère de la passion - inspiré par la notion bouddhiste de shogyō mujō « toutes choses sont impermanentes » - sa dévotion à le faire encore et encore n'exprime rien d'autre que le temps long, la constance le profond. "Je fais le pont jusqu'à toi, mon horizon" - susurre-t-elle dans Mon horizon, comme pour dire son espoir indéfectible pour demain (combien d'entre-nous pouvons-nous en dire autant ?) et l'espérance de ne jamais arriver à destination. Ne vous étonnez pas ainsi si la pop si légère en apparence de Bulle de savon, Your Breath in Winter - qu'on jurerait produit par la star de la cyberpop contemporaine Yasutaka Nakata - ou Matins dorés, faite de trois fois rien, s'accroche à vous comme un chewing-gum radioactif. C'est le talent premier de Kumi, elle n'a besoin de rien d'autre que de quelques accords en majeur pour dresser tout autour du cœur des symphonies. Elle en a d'autres, dont elle fait montre, plus que jamais dans ce disque qui dit ses aventures de ses dernières années. Celui de conteuse d'un Japon disparu, fantasmé par l'Occident tout entier depuis une demi décennie, dans lequel elle a grandi et qu'elle fait ressurgir de son enfance bercée par les voix d’Anri et de Maria Takeuchi, avec une évidence qui rendra jaloux la plupart des bricoleurs nostalgiques de la Gen 2 dans Triste Tropical (arrangé avec l'assistance de Leo Blomov et Ricky Hollywood). Celui de DJ de boum VIP en haut d'une tour en verre de Shinjuku, sur la house poppy de Kilai ou la Mode, évocation adorable des nineties de Dimitri from Paris ou Tomoyuki Tanaka, alias Fantastic Plastic Machine, l'un des artisans les essentiels du mouvement Shibuya Kei - le plus fondamental dans les années de formation de Kumi Okamoto, quand elle apprenait ses premiers mots de français dans le Tokyo des nineties ensoleillées. Celui enfin, surtout de Guinga, comptine robotique inspirée par le Train de nuit dans la Voie lactée, classique de science-fiction avant l'heure rédigé en 1927 par Kenji Miyazawa et dont Kumi fait sans hésiter le fil directeur de ce disque voyageur et rêveur comme peu. Un album pieds sur terre, entre Paris et Tokyo, la tête dans les étoiles, le cœur sur la main. Le coeur, on y revient. Vous a-t-on dit à quel point il bat fort dans My heart is doki doki forever ? Le disque d'une jeunesse éternelle. Un cadeau.
(Olivier Lamm)
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